26 décembre 2021

Les histoires…

  

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Les histoires imaginaires n'ont-elles pas de valeur ? 

 Cela dépend de la qualité de l'imagination. Si vous dites que de développer l'imagination est une bonne chose, c'est vrai, seulement il faut faire attention à ne pas développer une imagination mensongère.

Les histoires imaginées ne mettent-elles pas en contact avec la vie, avec la vérité ?

Pas toujours ! 
Ne croyez-vous pas qu'il y ait assez de choses laides dans la vie sans en donner une image dans les livres ? C'est une chose qui m'a toujours étonnée, même quand j'étais enfant : la vie est si laide, si pleine de choses mesquines, misérables même parfois répugnantes, à quoi sert-il d'imaginer encore pire que ce qui est ? Si l'on imaginait quelque chose de plus beau, une vie plus belle, voilà qui vaudrait la peine. Les gens qui se plaisent à écrire des choses laides font preuve d'une grande pauvreté d'esprit - c'est toujours le signe d'une pauvreté d'esprit. Il est infiniment plus difficile de raconter une histoire belle d'un bout à l'autre, que d'écrire une histoire qui finit par un drame ou une catastrophe. Beaucoup d'auteurs, s'ils devaient écrire une histoire qui finit bien, d'une belle façon, ne pourraient pas le faire - ils n'ont pas assez d'imagination pour cela. Très peu d'histoires se terminent par un soulèvement, presque toutes se terminent par une chute - pour une raison très simple : il est beaucoup plus facile de tomber que de s'élever. Il est beaucoup plus difficile de finir son histoire sur une note de grandeur, de splendeur, de faire de son héros un génie qui cherche à se dépasser lui-même, parce qu'il faut être un génie soi-même pour cela, et ce n'est pas donné à tout le monde.

 

LA MÈRE

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17 décembre 2021

Le mental

 

 

 

 

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Faut-il neutraliser les préférences ou les oublier ?

 «Il ne faut pas en avoir !

Quand le mental devient silencieux, quand il cesse de juger, de se mettre en avant avec son prétendu savoir, on commence à pouvoir résoudre le problème de la vie. Il faut s'abstenir de juger, car le mental est seulement un instrument d´action, pas un instrument de connaissance vraie - laconnaissance vraie vient d´ailleurs .

Si l´on s'abstenait de juger, on arriverait à une connaissance de plus en plus précise de la Vérité, et les neuf dixièmes de la misère du monde disparaîtraient.

Le grand désordre du monde serait en majeure partie neutralisé si le mental pouvait admettre qu´il ne sait pas.»

 

La Mère - Entretiens

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09 décembre 2021

L'idéal de l'unité humaine (5)

 

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                                              La liberté est aussi nécessaire à la vie que ne le sont les lois et un régime. La diversité est aussi nécessaire que l'unité à notre véritable plénitude. L'uniformité absolue équivaudrait à la cessation de la vie, alors qu'au contraire la vigueur de la pulsation de la vie peut se mesurer à la richesse des diversités qu'elle crée. Et pourtant, si la diversité est essentielle à la puissance et à la fécondité de la vie, l'unité est nécessaire à son ordre, à son aménagement, sa stabilité. Nous devons créer l'unité, mais non nécessairement l'uniformité. Si l'homme pouvait réaliser une unité spirituelle parfaite, aucune uniformité d'aucune sorte ne serait nécessaire, car le jeu le plus extrême de la diversité pourrait s'exercer sans risque sur cette base. (...) Mais tandis que la puissance de vie dans l'homme exige la diversité, sa raison favorise l'uniformité. Elle la préfère parce que l'uniformité lui donne une forte et facile illusion d'unité en guise d'unité réelle, à laquelle il est beaucoup plus difficile d'arriver. Elle la préfère aussi parce que l'uniformité facilite la tâche d'établir la loi, l'ordre et l'enrégimentation. Elle la préfère enfin parce que l'impulsion naturelle du mental humain est de faire de toute diversité un peu forte, une excuse de conflit et de séparation, et, par suite, l'uniformité lui semble le seul chemin sûr et facile de l'unification.

Du fait des défauts de notre mentalité, l'uniformité doit jusqu'à un certain point être admise et recherchée. Cependant, le vrai but de la Nature est une unité réelle qui servira de base à une diversité féconde. Son secret est assez clair si l'on voit comme elle insiste toujours sur une variété infinie , tout en faconnant selon un unique plan général. (...) La variation naturelle entre les communautés humaines suit le même plan que celle des individus. Chacune engendre son caractère propre, son principe de variation et sa loi naturelle. (...) Par conséquent, nous constatons que c'est dans l'harmonie de notre unité et de notre diversité que se trouve le secret de la vie.

Sri Aurobindo

 

 

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06 décembre 2021

L'idéal de l'unité humaine (4)

 

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                                   Si l'unité de l'espèce humaine doit se réaliser par les mêmes voies et les mêmes moyens et d'une manière analogue à celle de la nation, nous devons nous attendre à ce qu'elle suive un cours analogue. Du moins, elle semble conforme à la loi naturelle de toute création = d'abord une masse imprécise une vague plus ou moins amorphe de forces et de matériaux, puis une contraction, un resserrement, une solidification dans un moule précis où peut enfin se dérouler en toute sécurité l'évolution féconde de formes vivantes variées. 

(...) La société idéale, l'Etat parfait, est celui où le respect de la liberté individuelle et la libre croissance de la personne vers la perfection s'allient au respect des besoins , de l'efficacité, de la solidarité, de la croissance naturelle et de la perfection organique de l'entité collective, société ou nation. De même, dans un agrégat idéal de toute l'humanité (une société internationale ou un Etat universel), la liberté nationale et la libre croissance des nations , leur réalisation individuelle, devraient s'allier progressivement à un esprit de solidarité et à une croissance, une perfection unifiées de l'espèce humaine. (...)

Il y a peu de chances que l'humanité jouisse d'une si rare bonne fortune, le fait serait sans précédent. On  ne peut pas s'attendre à des conditions idéales. Elles exigent une clarté psychologique, une modération générale, une intelligence scientifique commune et, par-dessus tout, une élévation et une rectitude morales dont ne se sont jamais encore approchés ni la masse de l'humanité ni ses gouvernements ni ses chefs. (...)

Tous les procédés d'unification s'appuiraient pratiquement sur l'usage de la force et de la coercition. Ils favorisent la croissance du principe d'autorité absolue, qui tend naturellement à introduire une rigidité, une uniformité, un système de vie mécanique et donc finalement incapable de progrès. Ils seraient amenés à réprimer, réduire, peut-être même abolir, toute forme de liberté qui, selon leur expérience, encouragent l'esprit de révolte et de résistance, c'est-à-dire toutes les grandes liberté d'action et d'expression individuelle qui constituent la meilleure part, la plus vigoureuse et la plus stimulante de la liberté humaine. Ils seraient obligés d'abolir, d'abord par la force, puis par des moyens de répression et de suppression légaux, tous les éléments de ce que nous appelons maintenant la liberté nationale.

(...) C'est ce qui s'est produit au cours du développement passé de l'humanité. La lutte de l'ordre et de l'uniformité contre la liberté est le fait dominant de toutes les grandes formations humaines et de tous les grands accomplissements de l'humanité, religieux, sociaux et politiques. Rien ne laisse encore prévoir un principe de développement plus raisonnable dans un proche avenir. Certes, plus qu'à aucune période connue de son histoire, l'homme semble être en train de devenir assez généralement un animal raisonnant, mais il n'est pas pour autant devenu un esprit beaucoup plus raisonnable et plus harmonieux , sauf sur un ou deux points, et il se sert encore de sa raison beaucoup plus souvent pour justifier ses conflits et ses oppositions que pour parvernir à de sages accords. Et toujours, son mental et sa raison sont à la merci complète des désirs et des passions de son être vital. Il faut donc supposer que même dans les meilleures circonstances, la vieille méthode de développement continuera de prévaloir et que la vieille lutte reprendra dès que l'on voudra procéder à une unification humaine. Le principe d'autorité et d'ordre cherchera une organisation mécanique tandis que le principe de liberté résistera et revendiquera un système plus flexible, plus libre, plus spacieux. Les deux vieux ennemis se battront pour le contrôle de l'unité humaine, comme ils se sont battus dans le passé pour le contrôle de la formation nationale., Au cours du processus, les circonstances favorisent toujours le pouvoir le plus étroit, et par conséquent la liberté nationale et la liberté individuelle seront vraisemblablement au pied du mur.

Ceci pourrait être évité si, au sein des nations elles-mêmes, l'esprit de liberté individuelle refleurissait avec son ancienne vigueur. Il demanderait alors le respect des mêmes libertés pour toutes les nations constituantes. Le resserrement et la mécanisation du processus d'unification coïncideront probablement, simultanément, avec un processus de resserrement et de mécanisation dans chacune des unités constituantes. Où donc, avec ce double processus de resserrement et de mécanisation, l'esprit de liberté trouverait-il une sauvegarde et de quoi se nourrirait-il ? Les vieilles formules pratiques de liberté disparaîtraient du coup et le seul espoir d'une saine progression dépendrait d'une reformulation de la liberté, issue de quelque puissant mouvement nouveau de la pensée humaine, spirituel ou intellectuel, qui réconcilierait la liberté individuelle et l'idéal collectif de vie en communauté, la liberté des groupements nationaux et le besoin nouveau d'une vie plus unie de l'espèce humaine. (...)

Pour l'organisation du gouvernement de l'espèce humaine, on peut concevoir une enrégimentation rigide sous une autorité centrale, comme certains systèmes socialistes, un régime qui supprimerait toute liberté individuelle et régionale dans l'intérêt d'une étroite organisation uniforme de l'éducation, de la vie économique, des habitudes sociales et morales, de la connaissance, de la religion même, bref de toutes les catégories de l'activité humaine. Pareille éventualité peut sembler impossible, mais croire que cette idée est impossible, c'est ne pas tenir compte de deux facteurs importants = d'abord, du progrès de la science qui permet de manipuler de plus en plus facilement des masses énormes (la guerre en est la preuve) et de régler des problèmes à grande échelle, puis la marche rapide du socialisme (tel le régime fasciste italien qui fait appel au principe de contrôle et de direction étatiques). Si l'idée  socialiste ou son application pratique sous un déguisement quelconque venait à triompher dans tous les continents, il pourrait en résulter naturellement une socialisation internationale , d'autant facilitée par les progrès de la science et de l'organisation scientifique et par la disparition des difficultés d'espace et de nombre. Il est possible, par contre, qu'après un cycle de luttes violentes qui mettrait aux prises l'idéal d'enrégimentation et l'idéal de liberté, la période socialiste de l'humanité se révélât d'une assez brève durée, comme le  fut l'absolutisme monarchique en Europe, et qu'elle fût suivie d'un autre cycle, inspiré davantage par un principe d'anarchisme philosophique, un cycle d'unité fondé sur la liberté individuelle la plus complète et sur une liberté de groupement naturelle, non forcée. Il se peut aussi que l'on arrive à un compromis = enrégimentation générale avec une liberté subordonnée plus ou moins vivante. Même si elle était peu vivante, cette liberté pourrait servir de point de départ à la dissolution du régime dès l'instant où l'humanité commencerait à sentir que l'enrégimentation n'est pas sa destinée ultime et qu'un nouveau cycle de recherche et d'expérience est à nouveau devenu indispensable à son avenir.

 

Sri Aurobindo

 

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05 décembre 2021

L'idéal de l'unité humaine (3)

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                                   Dans la nature physique, les organismes vivants ne peuvent pas vivre entièrement sur eux-mêmes. Ils vivent par des échanges avec les autres organismes vitaux, ou en partie par des écchanges et en partie en dévorant les autres, car tels sont les procédés d'assimilation communs à la vie physique séparée. Par contre, quand la vie s'unifie, une assimilation est possible qui dépasse l'alternative de s'entre-dévorer ou de continuer à rester séparé et distinct en limitant l'assimilation à une mutuelle réception des énergies déchargées par chaque vie sur les autres. Au lieu de cela, les énergies peuvent s'associer et se subordonner consciemment à l'unité générale, qui grandit alors par le processus de leur rassemblement. Quelques-unes d'entre elles, il est vrai, sont tuées et utilisées comme matériaux de nouveaux éléments, mais elles ne peuvent pas toutes être traitées ainsi, elles ne peuvent pas toutes être dévorées par une unité dominatrice, sinon il n'y aurait ni unification ni création d'une unité plus vaste, ni continuité d'une vie plus grande, mais seulement une survie temporaire de l'élément dévorant par la digestion et l'utilisation de l'énergie des dévorés. Pour l'unification des agrégats humains, le problème est donc celui-ci = comment les unités composantes pourront-elles se subordonner à une nouvelle unité sans mourir et disparaître ?

(...) Nous remarquons qu'en Europe comme en Asie, il existe une tendance à former une hiérarchie sociale fondée sur une division en quatre activités sociales différentes = l'autorité spirituelle, la domination politique, la double fonction économique de production et d'échanges commerciaux, enfin le travail et le service subalternes. L'esprit, la forme et l'équilibre qui ont résulté de cette quadruple hiérarchie ont beaucoup varié suivant les parties du monde ou les circonstances, mais le principe initial était presque identique. Partout la même force motrice et la même nécessité poussaient à la création d'une forme de vie commune large et efficace.

(...) La période féodale de l'Europe avec ses quatre ordres -clergé, roi et noblesse, bourgeoisie, prolétariat- ressemble d'assez près à l'ordre indien quadruple avec ses prêtres, soldats, marchands et shoûdra. Le Japon, sous la direction spirituelle et séculière du Mikado, est devenu l'une des unités nationales les plus vigoureuses. La Chine et sa grande classe de lettrés, qui unissait la connaissance spirituelle et séculière et les fonctions exécutives, avec son Empereur Fils du Ciel, a réussi à devenir une nation unie. 

(...) Le conflit de l'Eglise et de l'Etat monarchique est l'une des caractéristiques les plus importantes et les plus capitales de lhistoire de l'Europe. Ce conflit se fût-il achevé par un dénouement contraire, tout l'avenir de l'humanité eût été en péril. En tout cas, l'Eglise a dû renoncer à ses prétentions d'indépendance et de domination du pouvoir temporel. (...) La nation qui est parvenue à ce stade se doit de séparer l'exigence religieuse ou spirituelle de sa vie ordinaire, séculière et politique, en individualisant la religion, ou alors elle doit unir l'une et l'autre par une alliance de l'Eglise et de l'Etat qui soutienne l'autorité unique du chef temporel. (...)

En d'autres termes, si l'institution d'uner hiérarchie sociale fixe semble avoir été une étape nécessaire pendant les premières tentatives de formation nationale, il fallait qu'elle se modifie et prépare sa propre dissolution afin que les étapes ultérieures deviennent possibles. Un instrument qui est bon pour un certain travail et dans certaines conditions déterminées, devient nécessairement un obstacle s'il se perpétue quand les conditions changent et qu'un autre travail doit s'accomplir. Le cours des choses voulait que l'on passât de l'autorité spirituelle d'une classe et de l'autorité politique d'une autre, à la centralisation de la vie commune de la nation grandissante sous une direction séculière plutôt que religieuse. Une Eglise ou une caste sacerdotale prépondérante qui se confine dans sa propre fonction, est incapable de former l'unité politique organisée d'une nation, car elle est gouvernée par des considérations étrangères à la politique et à l'administration et il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle leur subordonne ses propres sentiments et ses propres intérêts. Il ne peut pas en être autrement, à moins que la caste religieuse ou la caste sacerdotale ne devienne aussi, comme au Tibet, une classe politique qui gouverne réellement le pays. En Inde, la prépondérance d'une caste guidée par des considérations et des intérêts sacerdotaux, religieux et partiellement spirituels -une caste qui dominait la pensée et la société et déterminait les principes de la vie nationale sans la gouvernmer ni l'administrer réellement- a toujours barré le chemin au développement national. C'est de nos jour seulement, après l'avènement de la civilisation européenne, que les considérations politiques et séculières sont passées au premier plan, qu'une conscience politique générale s'est éveillée.

La deuxième étape du développement de l'unité nationale a donc été marquée par une modification de la structure sociale. Cette étape s'est nécessairement accompagnée d'une forte tendance à abroger jusqu'aux libertés qu'offrait la hérarchie sociale fixe, et elle a généralement concentré le pouvoir entre les mains d'un gouvernement monarchique puissant , sinon absolu. Selon les idées démocratiques modernes, le monarque n'est tolérable que comme personnage décoratif inopérant ou comme un serviteur de la vie de l'Etat, mais il n'est plus indispensable en tant qu'autorité réelle. Pourtant, on ne saurait trop exagérer l'importance historique d'une royauté puissante pour la formation du type national tel qu'il s'est effectivement crée au moyen-âge. Même dans une Angleterre insulaire et individualiste, amoureuse de la liberté, les Plantagenet et les Tudor furent le noyau réel et actif autour duquel na nation a acquis une forme définitive, une vigueur adulte. Et dans les pays du continent, le rôle joué par les Capétiens et leurs successeurs en France, par la maison de Castille en Espagne et les Roumanov ou leurs prédecesseurs en Russie est encore plus frappant. Le Mikado a joué le même rôle pour la transformation du Japon en une nation de type moderne, l'instinct des rénovateurs l'a fait sortir de sa réclusion impuissante pour satisfaire à ce besoin intérieur. En Chine révolutionnaire, l'essai de brève dictature peut tout autant être attribué à ce même sentiment. (...)

Mais cette phase du développement national, quelque salutaire qu'ait été son rôle particulier, s'accompagne presque fatalement d'une suppression des libertés internes du peuple. C'est ce qui explique la sévérité avec laquelle la pensée moderne a jugé le vieil absolutisme monarchique et ses tendances. Car c'est toujours un mouvement de concentration, de resserrement, d'uniformité, de contrôle rigoureux et de direction à sens unique. (...)

L'Etat monarchique a écrasé ou subordonné les libertés religieuses des hommes et fait d'un ordre ecclésiastique servile ou complaisant le prêtre de son droit divin, et de la religion la servante du trône séculier. Il a détruit les libertés de l'aristocratie tout en lui laissant ses privilèges, et encore ceux-ci ne lui étaient-ils laissés que pour soutenir et étayer le pouvoir du roi. Après s'être servi de la bourgeoisie contre les nobles, il a détruit ses libertés civiques réelles et vivantes chaque fois qu'il le pouvait et ne lui a laissé que quelque forme extérieure de liberté avec sa part de droits et de privilèges spéciaux. Quant au peuple,il n'avait aucune liberté à perdre. Ainsi l'Etat monarchique a concentré entre ses mains toute la vie de la nation. L'Eglise l'a servi avec son influence morale, les nobles avec leur tradition et leurs aptitudes militaires, la bourgeoisie avec le talent ou la chicane de ses hommes de loi, avec le génie littéraire ou le pouvoir administratif de ses érudits et de ses penseurs, avec le talent naturel de ses hommes d'affaires. Le peuple a payé les impôts et servi de son sang les ambitions personnelles et nationales de la monarchie. Mais toute cette structure puissante, cette organisation étroitement tissée, était condamnée par son triomphe même et prédestinée à l'écroulement d'une chute brutale, ou d'une abdication graduelle plus ou moins involontaire devant les influences et les nécessités nouvelles. La structure monarchique a été tolérée et supportée aussi longtemps que la nation sentait consciemment ou subconsciemment sa nécessité et sa justification. Dès que son rôle eut été rempli et que son utilité eut disparu, la vieille contestation est revenue, dès lors pleinement consciente, et il n'était plus possible de la repousser ni de la supprimer d'une facon permanente. En faisant de l'ordre ancien un vulgaire simulâcre, la monarchie avait détruit ses propres fondements. L'autorité sacerdotale de l'Eglise, une fois contestée pour des raisons spirituelles, ne pouvait plus longtemps subsister par des moyens temporels, par l'épée et la loi. L'aristocratie, qui avait gardé ses privilèges en perdant ses fonctions réelles, était devenue odieuse et contestable pour les classes inférieures. La bourgeoisie, consciente de son talent, irritée par son infériorité sociale et politique, éveillée par la voix des penseurs, prit la tête du mouvement de révolte et fit appel à la populace. Les masses (muettes, opprimées, douloureuses) se soulevèrent avec le nouvel appui qu'on leur avait autrefois refusé et renversèrent toute la hiérarchie sociale. D'où l'effondrement du monde ancien et la naissance d'un âge nouveau.

Nous avons vu la justification du grand mouvement révolutionnaire. L'entité nationale ne se forme pas et n'existe pas pour elle-même. Sa raison d'être est de fournir le cadre d'une agrégation plus vaste où le génie de l'espèce, et non plus seulement de quelques classes ou de quelques individus, pourra progresser vers un développement humain  complet.

Tant que le travail de formation est en cours, ce développement plus large peut être retardé, et la considération primordiale doit être l'ordre ou l'autorité, mais dès que l'existence de l'agrégat est assurée et que celui-ci ressent le besoin d'une expansion intérieure, il n'en va plus de même. Alors les vieux liens doivent éclater et les moyens qui avaient servi à la formation doivent être maintenant rejetés comme des obstacles à la croissance. La liberté devient le mot d'ordre du genre humain. L'ordre ecclésiastique , qui supprimait la liberté de pensée et le progrès éthique et social nouveau, doit être dépossédé de son autorité despotique afin que l'homme devienne mentalement et spirituellement libre. Les monopoles et les privilèges du roi et de l'aristocratie doivent être détruits afin que tous puissent avoir leur part de la puissance, de la prospérité et de l'activité nationales. Enfin, le capitalisme bourgeois doit être amené, par la persuasion ou la contrainte, à consentir à un ordre économique d'où la souffrance, la pauvreté et l'exploitation seront éliminés et où la richesse de la communauté sera plus équitablement partagée entre tous ceux qui contribuent à la créer. Dans tous les domaines, les hommes doivent entrer en possession de leu dû, réaliser la dignité et la liberté humaines qui sont en eux et donner libre essor à leurs capacités les plus hautes.

Mais la liberté est insuffisante, la justice aussi est nécessaire et devient une revendication pressante. Dans un ordre social équitable, les chances doivent être égales pour tous. Une égale éducation doit permettre à chacun de développer et d'utiliser ses facultés. Une part égale aux avantages de la vie de l'agrégat doit autant que possible être réservée à ceux qui contribuent à son existence, à sa vigueur et son développement par leurs capacités. Comme nous l'avons noté, ce besoin d'expansion interne aurait pu prendre la forme idéale d'une libre coopération guidée et protégée par une autorité centrale sage et libérale qui aurait représenté la volonté commune. Mais en fait, nous sommes revenus à la notion antique d'un Etat absolu et efficace, non plus monarchique, ecclésiastique ni aristocratique, mais séculier, démocratique et socialiste, où la liberté est sacrifiée au besoin d'égalité et à l'efficacité de l'agrégat. Peut-être la liberté et l' autorité, la liberté et l'efficacité organisées ne peuvent-elles pas se concilier d'une facon tout à fait satisfaisante tant que l'homme individuel et collectif vit dans l'égoïsme, tant qu'il est incapable d'opérer une profonde transformation spirituelle et psychologique  et de dépasser la simple association collective pour s'élever jusqu'au troisième idéal, que par une vague intuition les penseurs révolutionnaires de France ont ajouté à leur mot d'ordre de liberté et d'égalité -le plus grand des trois, bien qu'il ne soit encore qu'un mot vide de sens sur les lèvres des hommes- l'idéal de fraternité, ou, traduit d'une facon moins sentimentale et plus vraie = l'idéal de l'unité intérieure. Cet idéal, aucun mécanisme social, politique ni religieux ne l'a jamais créé et ne peut le créer. Il doit prendre naissance dans l'âme et jaillir du dedans, des profondeurs cachées et divines. 

 

 Sri Aurobindo

 

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03 décembre 2021

Humour en ligne

Je pianote au hasard sur le net... Pas déçue, j'y trouve, ma foi,  quelques notes d'humour assez rafraîchissantes dans ce climat d'angoisse...

 

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Roger = Après le omicron, j'annonce le Amerkel pour la 6ème vague du 1er avril prochain.

Kat = Tant mieux ! Avec omicron, la supercherie éclate au grand jour de façon certaine ! Les autres pays doivent être morts de rire à l'annonce de ce 5ème variant plus que louche "omicron"... lol... sacrés comédiens...

Ahmad = Et le feuilleton continue. Hier c'était covid 19, aujourd'hui omicron et demain ce sera super omacron.

Automate = Ou alors ozemour

Amilcar = Bientôt le opoutin et le oxingPing

dildo = Pour la quatrième dose, le variant mexicain pepito !!!

anthony = Allez, 5 doses, une achetée, 2 offertes. Allez faire vos piquouses, c'est les soldes, profitez-en.

PlayS= J'arrête netflix pour pouvoir suivre cette excellente série qui s'appelle "covid 19".

Pottier = Film science fiction fantastique !!!

Val = C'est vrai que cette série-là est brillantissime car tous les ingrédients sont là pour nous tenir en haleine pendant des mois avec tous les rebondissements possibles.

Poil = Chouette, il y a la saison 6 (vague) qui arrive !

Thek = Néanmoins, les acteurs ne sont pas terribles, pardonnez-moi...

Val = Vous avez raison, surtout celui qui a pris des cours de théâtre, il joue faux et ça se voit !

Thek = Ben ouais, c'est vrai mais dans les séries téloche, on n'y trouve pas les meilleurs acteurs. "En même temps", c'est la mère trogneux qui dirige la mise en scène et elle n'a pas reçu un seul oscar.

Chris = Le corona, c'est comme les kinder surprise, à chaque fois t'as un nouveau cadeau. A quand les cartes pokemon genre coromap ?

Silou = Une flopée de variants et une infinité de doses... Ca va finir en toxicomanie tout ça.

galactic = C'est plutôt le variant "onestcons" à ce stade, vu comment ils se foutent de notre gueule...

choupi = Ce variant a le même nom que le président, ils sont de la même famille ?

Tfjd = Des cousins. France 24, allez chercher votre chèque chez Pfitzer.

Jessica = Mais alors la 3ème dose, elle ne sert à rien ? Ah si, j'oubliais, à conserver son pass sanitaire !

Christian = Variant indien pas vu ! Variant delta pas vu ! Variant omicron bidon ! Variant duchemol en attente !

Salim= Grâce au covid 19, j'ai appris l'alphabet grec... Yes ! 

 

 

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