17 août 2022

Les langues

 

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Je me plais à écrire en poésie, en prose, à lire et à redire les mots "osmose","métamorphose", "apothéose"...

Enfant, j'étais avide de magie littéraire : mots surgis de nulle part ou hérités peut-être de nos lointains ancêtres ; mots ailés, mots boisés, sucrés, acidulés, mots langoureux, mots secs et rocailleux, doctes ou mystérieux qui berçaient tendrement mon esprit voyageur et l'emportaient bien loin des affres de la vie. Je ne connaissais pas leur signification mais le charme des sons savamment enrobés d'une élégance graphique suffisaient à mon âme pour combler de plaisir mon espace intérieur.

Le langage, dit-on, détermine en grande partie le caractère d'un peuple. C'est possible...! Ayant étudié plusieurs langues étrangères et travaillé à leur traduction, j'ai été amenée à établir des comparaisons et à faire des découvertes intéressantes.

On peut remarquer que les langues composées de beaucoup de voyelles ouvertes (telles que l'espagnol et l'italien) appartiennent à des peuples particulièrement extravertis voire bruyants. En revanche, la langue portugaise, très différente à l'oral, comprend beaucoup de phonèmes nasaux et chuintés (comme le finlandais), et effectivement, les Portugais sont des personnes assez sobres et discrètes, ainsi que les Finlandais. Par ailleurs, l'accent brésilien se caractėrise par ses voyelles fortement prononcées, et nous connaissons le tempérament enjoué et désinhibé de ce peuple. Nous pouvons aussi remarquer ce phénomène avec le français au Québec et l'anglais aux USA... En Fance, nous avons les deux, d'où peut-être une certaine versatilité, une certaine facilité à passer de l'humeur romantique à l'humeur colérique et vice versa.

Il y a aussi la structure du langagage, sa syntaxe. Curieusement, la langue allemande présente sa phrase en plaçant le verbe à la fin. Cela signifie-t-il que l'action est plus importante que le reste ? "Wilfried un énorme plat de viande sur la table a...". A quoi ? Mangé ? Découpé ? Renversé ? Suspense !!! On nous présente les circonstances mais il faut attendre la fin de la phrase pour connaître l'histoire. L'avantage, c'est que l'orateur risque moins d'être interrompu. Ca doit favoriser l'écoute attentive...!

Et puis il y a l'aspect culturel. Il y a une sorte de complicité ancestrale que même un étranger ayant une très bonne connaissance de la langue étudiėe ne peut pénétrer aisément. Le français, particulièrement, regorge de références langagières passées dans le vocabulaire courant que nous utilisons sans même nous en apercevoir : dictons populaires, moralités des fables de Lafontaine, citations de multiples auteurs de la littérature, extraits de textes blibliques, répliques de théâtre, jusqu'aux expressions cultes empruntées aux chansons et aux films cinématographiques.

 J'aime la sensibilité littéraire naturelle du peuple français et je souris toujours lorsque je vois sur l'autoroute les panneaux de signalisation et leurs messages de prudence rédigés en vers ! Sans parler des jeux de mots qui sont carrément un sport national.

 Une autre remarque qui appelle mon attention : les accents toniques. En anglais, c,est flagrant : si vous ne prononcez pas le mot avec l'accent tonique sur la bonne syllabe, on ne vous comprend pas ! C'est très strict. Il y en a aussi en espagnol, en italien et en portugais mais on vous comprend quand même si vous le ratez. En allemand, il n'y en a pas vraiment mais il y a une musique de la langue.

En français, il n'y a pas d'accents toniques obligatoires. La personne qui parle le met où elle veut selon le sentiment qu'elle veut exprimer. Essayez seulement de dire "oh, la, la !" quand vous êtes étonné, joyeux, dépité, catastrophé, admiratif, etc... Pas non plus de musique de la phrase, pas de règle, on la compose librement. Cela aurait-il une influence sur notre caractère national réputé rebelle, râleur et parfois explosif ? (Je fais ce que veux !).

Bref, l'étude des langues est un vaste sujet qui demande beaucoup de connaissances historiques, linguistiques, géographiques, ethniques... Je ne fais qu'ébaucher quelques petites réflexiions tirées de mon expérience personnelle, au fil de mes observations et de mes interrogations, hors des sentiers battus si possible.

Je voudrais ajouter que si l'union des peuples est une nécessité, leur diversité reste une richesse inaliénable. Les humains peuvent très bien réaliser l'unité, la tolérance, la compréhension réciproque en respectant la spécificité de chacun.

La tendance des gouvernants actuels à vouloir uniformiser la planète et ses habitants ne doit pas détruire ni assujettir l'originalité, la créativité, la liberté individuelles et collectives. Ce ne serait pas l'Unité véritable. Nous sommes Un et Multiple à la fois.

 

 

Posté par Aube03 à 12:59 - Commentaires [5] - Permalien [#]